Voilà. Aujourd’hui, c’était la dernière journée du FFM. Et je vais revenir sur quelque chose qui m’énerve légèrement.
J’explique.
En tant que commis du cinéma dans lequel le festival se tenait, j’étais assignée au comptoir à concession. Donc, je portais un uniforme disgracieux. En face du dit comptoir, se tenait la table d’accueil du FFM, avec une horde d’étudiants fraîchement débarqués de l’université. Je suis certaine qu’un d’entre eux était dans mes cours au BACC. Mais bon, dois-je préciser qu’il ne m’as pas reconnu?
Bref, tout ça pour dire que ces gérants d’accueil comme ils aiment s’appeler on fait preuve d’une arrogance exagérée par rapport aux pauvres commis du cinéma. Sous-fifres que nous étions, une d’entre eux m’a demandé d’envoyer un chandail bleu –oui, nos uniformes sont bleus et noirs, design star trekkien*- nettoyer leur salle de « gérants », ajoutant qu’elle l’avait demandé la journée précédente et que ça n’avait pas été fait et que « c’était vraiment sale ». Avec la politesse la plus glaciale qui soit, lui répondis-je que j’appellerais quelqu’un pour elle. J’allais quand même pas déléguer moi-même la tâche, d’autant plus que son air fendant, j’lui aurais mis où j’pense. Donc, j’appelle un vrai gérant, pour lui expliquer. Sa réponse fût la suivante : « Elle est pas capable de le faire toute seule? » Ma réponse : « Apparemment non, trop pédante. » Sa réplique : « Hmrmfr.. ». Par après, j’appris qu’au préalable, le plancher du dit local avait été ciré expressément pour cette bande de crétins.
Enfin, tout ça pour dire que ces gens qui n’étaient pas plus vieux, ni plus expérimenté que moi me traitait comme une merde parce que je portais un chandail bleu et que, eux, s’occupaient du Festival. (En plus, la fille en question portait des tongs au travail. Putain. Des tongs. C’est professionnel ça, pas vré?)
Et là, je me suis demandé : « Pourquoi le cinéma est un milieu d’élitisme et de tête enflée? »
La question me laisse perplexe. Le cinéma des premiers temps, période qui se situe entre 1895 à 1910, était un cinéma d’attractions qui était fondé en partie sur la captation et la restitution sur écran d’une attraction. Ainsi, un des films d’Edison intitulé « Sandow », sur le kinétoscope, consistait en un culturisme effectuant différentes poses, et ce, en boucle. Pour visionner la vue, le spectateur devait payer 5 cents. Une autre vue, dont le titre m’échappe, montrait une danseuse de ballet se mouvant devant un écran noir, puisque la vue était tournée en studio. C’était amusant, et simple.
L’avènement du cinéma, et la création des premières caméras et projecteurs étaient montrés dans les foires, et les expositions universelles; cette invention était une affaire de divertissement, une attraction. Bien sûr, le travail sur l’optique se faisait depuis quelques temps déjà avec le zootrope par exemple.
Il eut ensuite le développement de la narration, et les films de poursuite, faciles à comprendre. Ce que je veux dire, c’est que le développement du cinéma, et de son langage se fît dans la volonté de divertir. Le projectionniste se baladait avec le projecteur de ville en ville –ce, avant la construction de nickelodeons-, et la bobine était constitué de plusieurs vues collées bout à bout, vues qui comprenaient différentes attractions comme Sandow. Ces évènements étaient populaires auprès des gens plus pauvres, puisqu’ils n’étaient pas dispendieux. (Si je me souviens bien, c’était peut-être 10 à 15 cents la représentation.)
Au départ, les acteurs de ses vues étaient des gens du peuple. Ils n’étaient pas considérés comme des acteurs (puisqu’ils n’avaient pas de racines théâtrales; ils ne venaient pas de Broadway…). Ils jouaient pour le prolétariat. Les salles de projections n’étaient pas sécuritaires pour la bourgeoisie, parce qu’elles étaient sombres… Et puis, ce que l’on voyait à l’écran était grossier; de la comédie, ou bien des scènes d’actions. Bref, le cinéma d’attractions était l’affaire des gens de peu de fortune.
Puis, peu à peu, lorsque le langage cinématographique fût suffisamment riche pour élaborer des narrations plus complexes, la classe moyenne voulu élever le cinéma comme une discipline artistique. (C’était encore une affaire d’attraction jusqu’à ce jour.) C’est ainsi que l’on adapta des pièces de théâtres classiques à l’écran, seulement, le son étant encore absent de la projection, il était difficile de bien saisir l’enjeu de l’histoire. Le spectateur devait posséder des connaissances de bases en littérature. C’est dire, ils avaient plein de bonne volonté, mais ce qu’ils demandaient étaient encore trop poussés pour la technique de l’époque. À mon avis, l’attitude pédante dans le milieu du cinéma commença précisément à cette époque.
Enfin, vers les années 20, Hollywood a le monopole sur la production, et produit des classiques encore projetés en classe, et analysés dans les cours d’études cinématographiques. Ces films n’avaient pourtant pas de prétention, sinon d’êtres bien réalisés. Lorsque King Kong, Nosferatu, Freaks, ou bien Birds sont projetés en classe, je me dit qu’ils étaient des films à sensations, certains à polémiques et qu’ils furent avant tout populaires.
Bref, ce qui compose majoritairement la bibliothèque cinématographique du monde entier, ce sont des films de divertissements; des films populaires. Aujourd’hui, on ne peut même plus catégoriser le film indépendant, puisque, s’il a de l’argent à faire, l’indépendant deviendra un phénomène populaire autant que le produit d’Hollywood. Combien d’argent le FFM a fait en projetant des films du monde, en supposant qu’ils étaient de la strate indépendante? Ces films qui se rendent jusqu’en Amérique du Nord sont sélectionnés par le nom du réalisateur et de sa filmographie précédente : c’est à dire, par sa carrière et sa renommé. Peut-on encore parler, à ce moment là de cinéma indépendant underground? À mon avis, non.
Donc, à quoi bon s’enfler la tête parce que l’on travaille ou bien que l’on étudie dans le milieu du cinéma? À quoi ça sert de débiter des théories, de citer une liste de noms, lorsqu’on est même pas capable d’appliquer la dite théorie en pratique? Je ne vais pas à l’encontre de l’étude et de l’apprentissage, ni de la théorie classique du cinéma, seulement, je suis contre l’élitisme dans ce domaine. Tout simplement parce qu’il est une industrie avant tout, et un système économique en soi. Le cinéma rassemble des foules, est un art qui se partage en groupe, qui génère des millions de dollars, qui frise le ridicule dans son exagération et dans sa frivolité, et les à côtés sont multiples : les produits dérivés, les clubs de fanatiques, l’alimentation de revue à potins…
Alors, doit-on devenir arrogant lorsqu’on étudie un média de masse? Non.
Il restera bien sûr les bons, et les mauvais films. Mais même la critique la plus intelligente qui soit gardera sa subjectivité. De même que le meilleur théoricien fragmentera ses recherches, et son expertise se limitera à un sujet très restreint.
La connaissance se partage, et ça commence par l’ouverture.
*Na mais, quel concept vraiment....