mardi, novembre 28, 2006

Une vie en soi

Je ne sais pas si c'est le célibat, ou bien les hormones, ou bien le fait de vieillir, mais de ces temps ci, la grossesse chez la femme me fascine. Bizarrement, le tout a commencé par un rêve zarbi, où je me retrouvais enceinte. La sensation était douce, et suave, et à la fois tout à fait étrange. Lorsque je me suis réveillée, je suis restée dans cet état plutôt agréable, et je me suis dis que je devais avoir au moins un enfant dans ma vie.

Ensuite, lors d'une lecture divertissante dont titre est le suivant: Le Chardon & le Tartan (oui, oui, Outsider de Diana Gabaldon), je suis tombée sur un passage où la soeur de Jamie explique à Claire ce que c'est d'être enceinte. Je cite (c'est un peu long, mais je trouve cette description particulièrement belle):

"-Non, sincèrement, se calma Jamie, dis-moi ce que ça fait. Ou sinon, décris-le à Claire. Elle comprendra, elle, puisque c'est une femme, même si elle n'a pas encore eu d'enfant.
Je tiquai légèrement, mais ne dis rien.
-Soit, convint Jenny. C'est comme si... ta peau devenait soudain très fine. Tes sensations sont aiguisées, tu sens tout ce qui t'effleure, même tes vêtements, et pas uniquement sur ton ventre, mais partout: sur tes jambes, tes hanches et ta poitrine. Tes seins gonflent et s'alourdissent... ils deviennent très sensibles au bout.
Ses petits doigts aux ongles ras décrivirent un cercle autour de ses mamelons qui pointaient sous le justaucorps.
-Et naturellement, tu te sens maladroite. Tu prends plus de place que d'habitude et tu te cognes partout.
Elle plaça ses deux mains sur son ventre.
-Mais bien sûr, c'est là que tu ressens le plus de choses. Les premiers jours, c'est comme si tu avais le ventre rempli d'air, avec de grosses bulles qui flottent dans ton estomac. Plus tard, quand l'enfant commence à bouger, c'est comme si un poisson avait mordu à la ligne, puis s'était libéré. Tu sens quelques coups secs, puis plus rien.
-Ça doit être rassurant de savoir qu'il est là, bien en vie, suggéra Jamie.
-Oh, oui! Mais ils dorment la plupart du temps, tu sais. Parfois, quand tu ne sens rien pendant longtemps, tu as peur qu'il soit mort, alors tu essaies de le réveiller.
Pour illustrer ses propos, elle appuya fermement d'un côté de son ventre. Aussitôt, il y eut une forte poussée de l'autre côté.
-Et quand il répond d'un coup de pied, tu pousses un soupir de soulagement, conclut-elle. Vers la fin, tu es gonflée de partout. Ce n'est pas douloureux, tu te sens comme un fruit mûr sur le point d'éclater. Tu as envie d'être touchée, très doucement... partout.
Ses yeux étaient fixés sur ceux de Ian. Ils semblaient unis par un fort sentiment d'intimité, comme s'ils s'étaient raconté cette histoire maintes fois, sans jamais s'en lasser.
-Enfin, le dernier mois, le lait commence à monter. Tu sens tes seins se remplir, petit à petit, un peu plus chaque fois que l'enfant bouge. Un beau jour, ton ventre durcit. Ça ne fait pas mal. Tu te sens juste un peu essoufflée et tes seins te chatouillent. Tu as l'impression qu'ils vont exploser à moins qu'on les tète.
Elle ferma les yeux et s'enfonça dans le fauteuil, caressant lentement son ventre.
Nous étions tous en transe dans la pièce enfumée, saisis par un sensation de désir intense de nous unir et de procréer. Sans regarder Jamie je savais que tous les poils de son corps étaient hérissés.
Jenny rouvrit les yeux et posa sur son mari un regard riche de tendresse et de promesses.
-Un peu avant la naissance, l'enfant remue tout le temps et c'est comme si tu avais ton homme en toi, comme quand il te pénètre profondément et se déverse en toi. Tu as la sensation d'un autre pouls qui bat en toi, mais beaucoup plus fort. Il résonne dans les parois de ton ventre et te remplit.
Jenny se tourna brusquement vers moi et le charme fut brisé.
-C'est ce que les hommes cherchent, tu sais, expliqua-t-elle. Ils essaient de retourner dans le ventre de la femme."
[Gabaldon Diana, Le Chardon et le Tartan, Ed. Libre Expression, 1991]

L'explication est simple, mais elle évoque quelque chose de très primaire, et humain. Elle est très sensuelle également, et, je pense, touche précisement ce que c'est d'avoir un être vivant en soi qui provient d'une union charnelle, et amoureuse. (Du moins, dans la majorité des cas, on l'espère...) Enfin, décrit de cette façon, la grossesse ne semble pas trop effrayante, puisqu'elle semble être tellement naturelle et profonde, vivante.

Bref, il semble que quelque chose de primordial se soit éveillé en moi, en tant que femme surtout. Lorsque j'étais plus jeune, je ne voulais pas d'enfant. C'est une idée qu'y est restée ferme jusqu'à tout récemment. C'est drôle, mais j'ai l'impression d'avouer quelque chose de très intime, même si la grossesse n'est pas un sujet, habituellement, de réserve. Elle est célébrée, et reçu comme un cadeau (encore une fois, il y a des exceptions, bien sûr), et donc tout à fait sociale. Et pourtant, je lui confère un aspect extrêmement personnel, et secret. Ça vient probablement de la relation entre la mère et l'enfant, et celle du couple; de la famille nouvelle.

J'aimerais bien entendre votre idée sur le sujet, chers lecteurs. Particulièrement des lectrices... l'éveil maternel, qu'en pensez-vous?




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